Mois : juillet 2022

24.07.22

« L’autrice est en devenir. » Je dois bien admettre que le contraire m’aurait inquiétée ! J’ai même gagné cinq centimètres depuis que je lève l’ouvrage à hauteur des yeux au lieu de baisser la tête. (S’il me tombe des mains, c’est en pliant les genoux alors que je le ramasse afin de garder le dos droit, le menton volontaire et le regard au loin, disons porté vers une autre ligne.)

Non, vraiment, devenir créatrice de contenu ne me dit rien qui vaille. Ce pourquoi, j’ai décidé de créer du contenant ; par exemple, des vases. Quantité de vases translucides ! Que vous remplirez, à votre guise. Mais, dites-moi ! c’est ce que je fais déjà avec mes petits paragraphes. J’en mets ma main à couper et, in extremis, mon paraphe.

Il aura tout mis en œuvre. Vivre aux crochets de la société, l’artiste incompris a bien fini par comprendre. Il a même été jusqu’à rentabiliser tous les diagnostics, que croyez-vous ! C’est un homme d’affaires avant tout. Qui épuise chaque jour l’ensemble de ses ressources. Heureusement, il suffit d’être entendu par les bonnes personnes, disons quelques spécialistes et un mécène sur le retour, pour que le désespoir reste confortable.

19.07.22

Les ventilateurs tournent à plein régime, mélangeant les haleines, toutes les sueurs entre elles : une party de débauche olfactive. Demain, tout sera insipide ; tes cellules, en dégrisement. Je passe par toutes les couleurs et dès que possible.

L’éventail, du reste, n’est pas la solution comme il attise les flammes ; lesquelles produisent elles-mêmes du vent qui les alimente. En un mot, le feu n’a pas besoin de toi. Toi, en revanche…

Prendre les choses en main, pourquoi non, si le matériau est noble à l’instar de ta parole. Cependant je ne ferai pas feu de tout bois ; seulement assez, si tu veux bien, pour quelques étincelles et ne pas avoir froid.

18.07.22

« Il faudra éviter tout contact direct avec les oiseaux sans vie » – tu feras donc le mort. Adopteras la position la plus confortable sur ce parterre de plumes, puis le spécimen de ton choix parmi quelque 700 cadavres d’oiseaux marins, comme autant d’indolents compagnons de voyage – goélands désargentés pour la plupart, au lustre encore acceptable cependant, pour un touriste venu fêter l’obtention de ses premiers chèques-vacances.

Ainsi exhibés sur le sol, pareils aux contrefaçons et refrains piratés, tous présentent un défaut attachant : tu hésites. Le vendeur (le même, il te semble, qui loue les pédalos et les transats) visiblement s’impatiente. C’est un peu honteux alors que tu vends ton âme à la sauvette, jetant finalement ton dévolu sur le plus valide, sinon le moins piteux (qu’il tienne dans le temps, quand même… au moins jusqu’au retour des vacances, pour frimer un peu au bureau).
Fort satisfait de la transaction (il te reste deux chèques-vacances), tu repars à tire-d’aile vers d’autres horizons et, si possible, des zones moins encombrées. Même en laisse, les chiens ne sont pas acceptés au mini-golf, mais un goéland mort, dans la poche, ça devrait passer. Tu perds contre ton précédent score : tu ne fais pas le fier, mais une caresse discrète à ton nouveau compagnon d’infortune, déjà un peu plus terne, ça n’aura pas traîné.

Aussi éviteras-tu les palmes qui – à l’instar des ailes géantes de l’albatros ou, plus certainement, de tongs trop larges – t’empêcheront de marcher rapidement vers la piscine la plus proche. En contact direct avec le carrelage, ton ultime chèque-vacances n’aura pas un goût amer mais bien celui du chlore.

17.07.22

« Grippe aviaire. Que faire des oiseaux morts qui jonchent les plages ? »

Les enjamber.
Les enjamber peut-être ?

Après tout, le vers lui aussi enjambe parfois
sur le suivant, sur celui d’après encore, et ainsi
de suite, pour faire durer la poésie jusqu’au bain de
minuit, jusqu’au prochain port ; repousse toujours
plus loin la ligne, délivrant indices et signes
à n’en plus finir. C’est qu’il déborde de sens
jusqu’à l’évincer tout à fait, le sens, de la page
où jonchent les coquilles vides de mots ingambes
qui t’échappent alors, que faire ? Tu passes
à côté. Traîne-savate, mollement tu les contournes
comme autant de carcasses sans plus d’envergure,
qui finalement s’empâtent. De ce fait, s’enjambent.

16.07.22

Le couple, c’est vrai, est fort bien assorti — d’ailleurs, souvent on le lui dit, mais il ne l’entend pas de cette oreille comme il crie beaucoup sans parvenir à s’entendre ; cependant s’arrache les cheveux, en parfaite symétrie.

Comme les ensembles ne sont pas toujours très heureux, il est bon parfois de dépareiller les pièces. Un twist, du peps, disons quelque chose qui réveille. On appelle ça la tendance mix and match. (Les puristes parleront ici de rencontre, sinon de trouvaille.)
De cet inédit mélange, certains retiendront le mariage réussi du haut et du bas, quand d’autres y verront un choix audacieux, pour ne pas dire un fâcheux faux pas. D’aucuns crieront au scandale d’une seule et même voix comme leur tessiture est tout à fait ajustée au costume qu’ils se taillent.

Les boutons sautent, les surpiqûres craquent, tout le tissu se relâche, s’use là où frotte le sac que chaque jour l’on vide sur la table ; enfin, c’est encore portable si l’on a un faible pour le vintage et un nécessaire de couture. J’ai d’ailleurs déjà trouvé quelques pépites, au petit bonheur, dans Le Bac de la Dernière Chance. Pour 1 euro, on aurait tort de s’en priver ! Au pire, ça fera des torchons ou bien une robe confort pour la maison. (La surprise, ce me semble, a toujours grande allure.)

10.07.22

Ceci n’est pas une photo de vacances, dirait Magritte, René de son prénom
quand Hua Wei, berné de son vivant, affiche sur l’écran « Ce sont
des poissons » lorsque je photographie mes chaussons plastique
singeant nageoires et écailles, l’œil vitreux, pathétique.
C’est que l’intelligence artificielle mord à l’hameçon
comme du menu fretin aussi rectangulaire
que la panure donnant forme à la chair
sans plus de précisions ni d’arêtes.

La poiscaille, Wei,
c’est toi au bout du compte !
et de cette canne dont je remonte
la ligne, puis la casse en plusieurs vers qui se rebiffent et
se tortillent, enfin jette dans la poêle la pêche made in chinadead in plancha
Hua, ne reconnais-tu pas là quelque chose comme le comble de la poisse ?

« Performance sur scène », ceci pour toute réponse.

03.07.22

On m’a dit un jour que j’accrochais bien la lumière ; depuis, c’est bête, je m’accroche à cette idée comme le plafond à la douille de chantier.

A l’avenir, conserver sang et eau, toute la sueur du monde, hors de la portée des enfants, sur la dernière étagère du dernier rayonnage de l’ultime dark store — dans une amphore, une fiole, un fût, est-ce que je sais ! un nabuchodonosor ? Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait la promesse de lendemains qui changent.
C’est tout de suite, en revanche, qu’il faut changer le néon 13 de l’allée 27, qui clignote au rythme des commandes infatigables et du battement par minute de l’heure épileptique avant que l’obscurité ne s’abatte sur le rayon petit-déjeuner, plongeant toute céréale dans le noir plutôt que dans le lait.

La biscotte, dans sa chute, nous réveille, nous éveille à ce qui compte le plus : le sol, le beurre ou bien le miel. En réalité, la tartine tombe toujours du bon côté des choses. Que l’on écrase, que l’on ramasse, dont on dispose.