Mois : avril 2022

30.04.22

(le distributeur de glaçons)

« Vivre d’amour et de glace pilée sera fort commode grâce à notre prochain frigo signature multiportes dont deux qui se font face — En attendant tu as laissé la bombe hors de celui-ci que tu recouvres de magnets dégueulasses

Sa capacité est de 529 litres tu te rends compte toutes les réserves qu’on pourra faire ! Damn, de vrais ricains ! — Tu n’es vraiment pas commode Il te manque une case of course et quelques tiroirs in fact

Avec un minibar indépendant en plus ! Je t’en dirai des cheers chéri tu ne pourras plus te passer de sangria à ma façon — En attendant les fraises seront sans crème fouettée ce soir (sans parler de la mayo qui traîne dehors depuis ton intérêt soudain pour le froid statique)

Décidément tu es triste comme un pare-brise qui dégivre ou pire ! comme ce bac à œufs inutile à côté de la moutarde — Permets-moi d’émettre quelques réserves face à tant d’emballement pour un appareil qui conserve simplement tout ce que l’on entame et qui finit ensuite étiqueté au congel parce que c’est trop c’est beaucoup trop pour juste deux »

29.04.22

(la microsieste)

« Tu peux dormir sur tes bouchons d’oreilles faits sur mesure j’ai mis un réveil à 15h28 pour ton cours de Gym Tonic — Mais que tu me rassures as-tu pensé à ton dilatateur nasal anatomique ?

Voilà le hic Tu mens comme je respire c’est maladif — Tu ronfles même quand je trêve… systématique

Le repos aura été de courte durée Tu veux la guerre tu vas l’avoir — J’aimerais seulement un bout de la couverture que tu accapares et pourquoi pas un geste disons macroscopique »

28.04.22

(la plante verte)

« Quoi tu n’es pas toute seule dans ta tête Qu’est-ce que tu cherches à nous dire encore ? — Que je suis très seul dans le décor C’est comme habiter un soliflore

Qu’y puis-je si tu ne sais pas t’entourer Il n’y a qu’à voir toutes ces bougies que tu ne te décides jamais à allumer — Je n’ai pas choisi de rester planté là dans un T2 à moitié vide de toi qui plus est sans balcon ni judas

C’est que tu ne sais pas remplir ton temps libre Arrose donc les plantes avec cette coupe pleine à ras bord — Tu parles de la plante verte celle qui dépérit ou la carnivore ? »

26.04.22

(sous plafond)

« C’est vrai je mène bien ma barque, d’accord j’ai le bras long, mais est-ce une raison pour que je change toutes les ampoules de la maison ? — Le plafond est à peine plus haut que ma tension ainsi que tu m’en fais volontiers la remarque

L’escabeau serait la solution si tu ne l’avais prêté au voisin qui n’ouvre pas quand tu toques parce qu’il est sourd comme un pot ou bien mort — Ce qui est une chance quand tu hurles sur tout ce qui bouge peu s’en faut en tout cas quand tu débloques

Ce qui reste un problème j’insiste pour récupérer ce qui autrefois était en notre possession et qui aurait pu élever le niveau du débat à ce que je vois — Comment peux-tu voir quelque chose dis-moi il fait aussi noir aux cabinets que dans le placard »

25.04.22

(sitôt lundi)

« Je porte la trace de ton regard regarde tellement tu me dévisages — L’occiput a une curieuse façon de remercier l’appuie-tête sitôt remis

Comme si l’on pouvait se reposer sur toi ! tu as toujours mal quelque part — Il faut dire que ta pommette est plus saillante qu’un fusil d’affûtage

Ne nous serions-nous pas croisés hier dans cet autre couloir qui ne mène nulle part ? tu revenais de loin et de profil disons de trois-quarts — Tu dois confondre avec l’isoloir Ce n’est pas la première fois que tu dérailles sitôt lundi »

24.04.22

(un sale quart d’heure)

« Peux-tu approcher la table basse ? j’aimerais étendre mes jambes (que tu les masses) — On croit entendre ta mère ! La contention te rendra ingambe (si tu coopères)

J’ai passé le doigt sur la surface c’est fou regarde la pellicule revient chaque jour à la place du crime — Comment pourrait-il en être autrement ? tu passes ton temps à faire la poussière pire qu’un film qu’on rembobine

Que ne ferais-je pas pour ton allergie oculaire — Reprendre le ménage là où tu l’as laissé par exemple devant la porte attendent plusieurs bouteilles bonnes à jeter »

23.04.22

(le pousse-café)

« Tu pousses un peu là… Café + calva ça ne te réussit pas — On peut bien me priver de repères mais jamais de mon petit remontant ça va pas la tête !

Non linotte ce tête-à-tête ne vole pas haut même qu’il se mord la queue — Tu avais sur le bout de la langue un nom d’oiseau qui te l’aura mordue (ça saigne plus que j’aurais cru)

Tu n’es pas à l’abri vieille branche de trouver l’équilibre à quatre pattes — Je vais te le prouver sur le champ et la huitième latte du plancher que tu as posé à la va comme j’te pousserais bien dans les orties »

22.04.22

(le ramasse-miettes)

« C’est plus tendu malheur que la peau de ma panse — Il est grand temps de desservir je pense et se répartir les crasses

Il faudra finir les restes ce soir au pire demain midi — Ou bien tout congeler avec ce qu’on aura entamé depuis

Vidons ensemble le lave-vaisselle pour à nouveau le remplir — Malheur ! Voilà qu’il me priverait de ma petite tâche digestive ! »

21.04.22

(sous les coups de midi)

« Je vois bien que tu n’es vraiment pas dans ton assiette — Oh c’est bien vrai je suis au bout de ta fourchette

Tu as toujours l’oh à la bouche nom d’un chien — Tu sais bien enfin je l’espère qu’il s’agit là d’onomatopée

Vas-tu finir par cracher le morceau qui rumine oh là là — Tes reproches couvrent même le bruit de la hotte la vache elle t’aspirera un jour… et pffuit ! »

20.04.22

(assaut du lit)

« Lève-toi et sache que tu ne tiens pas debout — C’est que j’ai oublié le repose-pieds en voulant tout prendre en main

Quand tu parles ça fait des bulles à mémoire de forme — Tu sais bien comme chacun sait enfin je l’espère qu’il s’agit là de phylactères 

Pardon mais tu es assis dans mon fauteuil crapaud — C’est tout à fait faux je suis assis sur les ruines du château »

18.04.22

Souviens-toi que tu es soupière et que tu redeviendras soupière.

Tant de meubles nés en kit
et qui ainsi nous quittent
C’est fou ce qu’ils termitent
Ils auront donc fini par se décomposer d’eux-mêmes
Est-ce bien tout ce qu’ils méritent ?
Qu’ils puissent reposer en pied
Ou sur le bras du canapé

17.04.22

— Sauve ta peau, je me charge des meubles !

— Bien, on gagnera du temps et, comme chacun sait, le temps c’est des fonds de tiroir.

— Mais attends voir, comme je fais partie des meubles, il faut sauver celui à rallonges plus que tout autre chose !

— Tu ne penses donc qu’à t’éparpiller ! A mon sens, la passoire reste la priorité : prends-la donc sur la tête comme elle a la forme idoine. C’est une chance, tant de praticité.

— A t’écouter, le plus important c’est égoutter. Mais que reste-t-il alors ? Et puis, quelle idée de s’encombrer de tous ces trous ! Non, vraiment, je ne suis pas d’accord. Puisqu’il se joue toujours quelque chose dans le dos, c’est donc là qu’il faudra transporter la banquette de piano.

— Nous n’arriverons donc pas à accorder nos violons !

— C’est du pipeau ! Décidément, la musique, ce n’est vraiment pas ton fort.

— A ce rythme-là, on n’est pas sorti de l’auberge… Sauve les meubles si ça te chante, mais abandonne donc le prie-dieu à son sort !

— C’est déjà fait, qu’est-ce que tu crois ! En rien, je m’en doute bien. Toujours est-il que j’ai la situation bien en main. Reste juste à prendre la porte. Après toi, je t’en prie. Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? Ta carcasse bloque le passage ! Prends la porte, te dis-je ! On ne va quand même pas partir sans pouvoir entrer autre part !

— Attends une minute, je sauve ma peau, tu sauves les meubles, mais qui donc pour sauver l’immeuble ?

08.04.22

Sous un tonnerre d’encouragements ou bien sous la menace, c’est dans le bassin sportif qu’il faut faire ses preuves. Montrer tout ce que l’on ne sait pas faire. Enfin, ça dépend de son niveau bien sûr, si l’on est dans le groupe expert ou celui qui galère. Je vous laisse deviner où je me situais alors, quand j’avais leur âge : tapez « glouglou » dans Google Maps – mais cessez de me taper avec la perche voulez-vous !

Les yeux rivés sur les gros chiffres rouges du panneau d’affichage, je constate qu’il n’est toujours pas l’heure de partir et que la température de l’eau est de 27 degrés. Ben voyons ! J’accompagne un enfant malentendant : il n’est pas aveugle ! D’ailleurs il n’y croit pas plus que moi, à ces 27 degrés. Sa mâchoire claque comme le petit bedon d’Abel quand, avec un courage immense pour son jeune âge, il saute du plongeoir. Tous grelottent en rang d’oignons, pareils aux lamelles des stores sous la tempête, et je ne peux pas les rassurer puisque je ne suis pas un panneau d’affichage : l’eau est froide, je ne vais pas mentir. Les lèvres de la petite Brune sont aussi violettes que les lunettes de plongée d’Agathe, l’hématome d’Edgar et les varicosités de la maîtresse qui a quitté ses bas de contention pour enfiler des tongs. Pour ma part, je ne sens plus mon pied droit que j’ai immergé, non sans crainte, jusqu’à la malléole pour donner l’exemple, du moins la direction à prendre. Heureusement, c’est fini pour moi ! J’y suis déjà passée il y a quelques années… et j’ai survécu. — J’ai survécu, regarde ! Le calvaire commence pour toi, je sais, c’est à ton tour de tendre les bras, d’attendre comme un piquet le moment inévitable où tu vas boire la tasse, mais ça va aller, je te promets : tu remonteras toujours à la surface comme les pâtes alphabet.

Assise sur le banc, à côté d’un parent accompagnant accompagné de son téléphone portable auquel il doit rendre des comptes pour qu’on lui rende la pareille, je ne suis guère plus à l’aise que mes petites ouailles détrempées. Certaines, plus aguerries cependant, nous éclaboussent à chacune de leurs prouesses acrobatiques – toutes capturées, sans exception, par le paparazzi accompagnant en mode rafale (mais qui est donc son enfant, à la fin ?!)
C’est la première fois que je vois mes jambes nues depuis l’été dernier : elles ont encore la couleur de l’hiver, des ecchymoses comme des traces de pas sur la neige flasque, aussi quelques poils incarnés. Sans doute aurais-je dû me gommer davantage. A l’avenir, je privilégierai le gant de crin à la fleur de douche. Dès à présent, je peux simplement me quitter des yeux, relève ainsi la tête en direction des gros chiffres du panneau d’affichage.

Pour la vingt-septième fois peut-être, le moniteur plonge sa perche pour récupérer le bonnet de bain de Clémence dont j’avais pourtant cru dompter la crinière à l’aide de beaucoup d’élastiques et de patience. Puisqu’il était impossible de prendre la totalité des rebelles d’un seul coup de filet, j’avais dû procéder en plusieurs étapes, avec l’aide de la principale concernée, laquelle devait coller son front contre mon ventre et maintenir les boucles les plus rétives pendant que j’étouffais le reste de la masse frisottante jusqu’à perdre haleine moi-même. Je lui avais arraché plusieurs touffes au cours de l’opération mais, à l’évidence, cela n’avait pas suffi à mater l’irréductible tignasse, définitivement incompatible avec la contenance somme toute limitée du bonnet dit extensible (ben voyons).

Finalement, je compte le nombre de bonnes raisons de s’enfuir à toutes jambes, même si chacun sait qu’on ne doit pas courir à la piscine. Sinon, on glisse et on peut se casser quelque chose, et oh ! malheur ! on ne peut plus aller à la piscine. Ne pensez pas que j’en fasse tout un plat ! J’en fais un roman-fleuve à la rigueur, mais le plat, c’est Abel qui le fait, et pas qu’un d’ailleurs. Au moment de plonger, il lève trop la tête, me regarde avec désespoir comme si j’étais son ultime bouée de sauvetage, et plaf ! le pauvre ! à plat ventre sur l’eau soudain dure comme la glace. Je l’aide à remonter l’échelle et lui glisse à l’oreille (enfin débarrassée du bonnet qui a lui aussi fini par lâcher prise et rejoint celui de Clémence pour commencer une nouvelle vie à deux) : Je sais, mon grand, je sais comme ça brasse, la piscine.

07.04.22

Aujourd’hui, j’ai une mine affreuse : voilà que je commence enfin à me reconnaître !

Alors comme ça, on a redécouvert la moitié des visages, la moitié basse, la basse-fosse ; la goutte au nez, ces petits trous qui coulent, qu’on mouche, qu’on met le doigt dedans ; et ces lèvres toute sèches, et ces moues, ces grimaces, tout ce qu’on s’essuie en tirant sur sa manche.

C’est comme ça, mais pas comme tu l’imaginais. Ton amoureuse n’a plus ses dents de devant ! Ses beaux cheveux caramel et ses yeux pâte de noisettes n’y changent rien. Son sourire est bien trop grand, comme un précipice qui va jusqu’aux oreilles, mais jamais jusqu’à toi qui te sens déjà au bord du gouffre de la tristesse. En plus, ta mère, elle tire tout le temps la gueule depuis qu’elle a retiré son masque… C’était mieux avant, ils ont raison tes grands-parents.
Même la jolie Maîtresse, comme ça te surprend ! Sa bouche n’a rien d’une framboise bien assortie à son foulard fétiche en pointillés de fleurs – motif Liberty, maman t’a dit alors qu’elle porte tout le temps que du noir comme une cage, alors comment elle peut savoir ? En fait, sa bouche, elle est couverte de gerçures plutôt très rouges, disons couleur Mara des bois, et qu’on aurait saupoudrée de sucre en poudre en plus. Tu as mal pour elle. A chaque fois qu’elle donne une consigne ou un conseil, ça craquelle et ça forme une petite bulle de sang qu’elle fait éclater du bout des lèvres.

Ton meilleur copain, et c’est bien le seul, il est encore plus beau qu’avant… Il n’a plus la morve au nez et les gencives à l’air. C’est pas juste à la fin ! Toi, tu as toujours les dents de lait qui bougent dans tous les sens dès que tu ouvres la bouche comme un squelette qui a froid. C’est vrai que tu as moins de buée sur les lunettes maintenant, mais tu doutes que ça puisse t’aider à remonter la pente. La vie, c’est pas un téléski.
Le pire c’est Xav’, le prof de sport. Tu as découvert pas plus tard qu’hier, avant de te prendre le ballon dans la tête tellement tu étais sous le choc, quelque chose que tu n’aurais jamais dû voir comme la guerre qui défile sur le téléphone de ton frère quand c’est pas une fille toute nue qui l’appelle pour faire la paix, au moins penser à autre chose parce que c’est une bombe ou quelque chose comme ça : bref, ton prof de sport, sa barbe c’est un tapis de poils blancs maintenant ! Et tu ne peux plus penser à autre chose. Dire que tu le pensais immortel ! Dans tes souvenirs, son sourire était blanc comme l’eau écarlate. En fait, il a plein de taches parce qu’il fume… Il fume ! Un grand sportif qui a de la force jusque dans le petit doigt et qui pourrait même soulever les immeubles qui tombent sur les gens qui n’ont plus de toit au-dessus de la tête, en fait il fume ! Ses dents, elles sont tout ébréchées comme ces vieux plats qu’on sort pour les grandes occasions et qu’on met les pieds dedans quand on dresse la table ronde pour tous bien se voir les uns les autres juste comme ça, parce que c’est dimanche.

05.04.22

Je couve quelque chose. Quelque chose qui traîne depuis plusieurs jours. Qui ne se déclare pas vraiment. Reste que je suis d’humeur visqueuse, vitreuse peut-être… justement, c’est encore flou comme ce qui n’est pas très en forme.

C’est attablée à l’écriture que je passe le plus clair de mon temps. Là, je noircis feuilles et carnets ; ils nappent le sol de récits futurs où déraper bientôt.
Quand je me lève de cette chaise de bureau qui est aussi celle du chat et de la salle à manger, je marche sur des œufs jusqu’à l’autre officine. Alors je m’assieds en face du pharmacien qui plonge l’écouvillon dans ma narine, comme l’on prélevait l’encre avec sa plume avant le Bic et le Covid. A se demander si le mot n’est pas simplement l’abréviation de la morve. Parfois on cherche compliqué alors que c’est là, juste sous notre nez.

Ce n’est jamais une partie de plaisir, ce prélèvement nasopharyngé quotidien. Toujours est-il que je récidive. Je vais au fond des choses, et par tous les moyens – y compris ceux qui manquent. Je couve quelque chose, vous dis-je. Si l’on doit aller chercher le virus dans les sécrétions du malade, alors allez-y, faites votre travail et trouvez quelque résultat positif à la fin ! Je ne sais pas, moi, une maladie opportuniste, un mal chronique, une manie, une tare, un vice ! Bien sûr, ça cache autre chose. Raclez, bon sang ! Raclez comme je frotte la phrase secrète avec toutes les mines dont je dispose, jusqu’à ce qu’elle crache le morceau.

Alors, que lisez-vous ? Ah, c’est incontestable, je suis négative. Oui, mais encore ? Pourrait-on plutôt m’apprendre quelque chose que j’ignore ?

01.04.22

Il neige en avril et je suis accompagnatrice piscine. Deux informations parfaitement complémentaires comme le rouge de colère et le vert de peur.

Tous les vendredis après-midi, j’aurai donc sept ans. Huit tout au plus. Je serai à nouveau cette gamine terrorifiée, comme je disais quand j’étais terrorisée et terrifiée en même temps, ce qui arrivait souvent à l’école. Comment accompagner, surveiller et rassurer des élèves à peine plus jeunes et plus courageux que moi ? Dites, c’est vraiment obligé, le Cycle Piscine ? Si je me fais tatouer tout le corps dans la semaine, je pourrais être dispensée ? Après tout, il faut trouver des excuses adaptées à son âge légal. Je fais ce que je veux de mon corps et de mon imagination. Croyez-moi, ça ne sera pas beau à voir, tout ce rouge sous la cellophane et ça pourrait s’infecter… Aussi, donner de mauvaises idées aux enfants (je ne compte pas me faire tatouer l’alphabet, des petits cœurs ou des chatons). D’ailleurs, j’ai prévu de me faire percer dans la foulée, et la nuque et les tétons. Vous imaginez un peu ? Ce n’est guère pédagogique. C’est peut-être mieux que je reste à la maison.

Bassin ludique, qu’ils disent : comme l’on s’amuse, c’est sûr, à avaler tant d’eau pleine de chlore et de pisse ! Le tout en allant chercher des anneaux multicolores dans ces profondeurs insondables, qui sont vraiment très loin de la surface où l’on respire bien. Quand on y arrive enfin, faut dire qu’on le hisse fièrement, ce maudit précieux anneau ! A bout de bras, on se dépêche de le tendre au moniteur avant qu’il ne nous glisse des mains et ne retombe à la case départ qui est au fin fond du bassin, et que fait-il alors, Monsieur le moniteur ? Ce qu’on avait repêché, à la sueur du front cisaillé par le bonnet de bain imperméable – disons plus imperméable déjà que les yeux et les oreilles –, il s’empresse de le relâcher ! Il dit que c’est super mon petit, et plouf, comme si de rien n’était, il le jette à la flotte et ça nous éclabousse au passage ! Et la consigne maintenant, c’est d’aller en chercher un autre d’une autre couleur, par exemple un rouge ou un vert, pour voir ce que ça fait encore, de tâter plein de pieds les yeux fermés en espérant ne pas mourir comme ça, avec le pied d’un copain ou un anneau en plastique dans la main pleine de doigts fripés. Franchement, je ne vois pas ce qu’il y a de drôle à ravaler autant de morve et de pleurs. Me réconforter, c’est pas mon fort.

Mordre la poussière, oui, si c’est du sable.