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Tu ne savais pas vieillir, tu avais tout juste la peau fripée du nouveau-né : comment, alors, aurait-on pu te prendre, si ce n’est au berceau, et en douceur ? Je t’ai écrit, en secret, une Ode à Odette ; tu viendras l’écouter, quand te le dira ton cœur. On dit que les absents ont toujours tort, mais je ne…

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157

Je ne savais pas que Louisette était autrefois le surnom de la guillotine. Soit dit en passant, on n’a jamais parlé de diminutif à si bon escient, au vu de l’inévitable diminution corporelle qu’entraîne tout tête-à-tête avec la bascule, malheureusement dépourvue de cheval sur lequel fuir vitesse grand V. Face au poussiéreux manuel d’Histoire (l’Histoire sera-t-elle, un jour seulement,…

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Je sais qu’aucun des trois livres que je suis actuellement en train d’écrire n’aboutira un jour – lucidité assez embarrassante, plutôt douloureuse, salutaire peut-être… Imaginez une femme, enceinte de triplés, turgide comme une varice, victime de hauts-le-cœur permanents, et qui, concrètement, ne peut pas accoucher, même après neuf longs et pesants mois, même au bout de plusieurs…

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154

Je sais pourquoi j’ai mal (fait assez rare pour être mentionné) : un ancien voisin, que je n’avais pas croisé depuis un certain temps (ce dont, à dire vrai, je ne me plaignais pas étant donné sa balourdise certaine), venait de me gratifier d’une solide poignée de main et, partant, de broyer méticuleusement chacune de mes phalanges….

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153

Je sais que je ne suis pas Charlie, et ce, bien que je saisisse toute la portée symbolique de la déclaration inverse, mais les mots sont les mots, et suivre n’est pas être. Je sais, donc, que je ne suis pas Charlie puisque – cruelle, douloureuse, évidence – je n’ai pas, moi, été ravagée par de fanatiques kalachnikovs ; elles…

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152

On sait désormais, malheureusement trop en avance, que non, l’année ne sera pas bonne ; et ce, malgré les souhaits, trop polis, si prévisibles, des indéfectibles optimistes. Les meilleurs vœux, d’habitude autorisés à être présentés tout au long du mois de janvier, pourront – devront, à vrai dire – s’arrêter, cette année, à partir du sept janvier deux…

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151

Je ne savais plus vraiment qui j’étais. Au-dessus de la nappe – déjà tachée par le passage de l’apéritif, et celui, maladroit, des plats – volait une quantité telle de prénoms que ceux-ci s’entrechoquaient désagréablement, et ne migraient que trop rarement vers la bonne personne. Émises par des bouches à la diction légèrement entachée, quant à…

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