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Je ne savais pas que simple, triomphe, quatorze, quinze, pauvre, meurtre, monstre, belge, goinfre et larve donnaient bien du fil à retordre aux poètes à cheval sur les principes, puisqu’ils ne permettent aucune rime riche avec un autre substantif français. Pourrait-on, en toute innocence, voir entre eux un autre point commun ? Ils auraient très certainement…

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120

Je ne savais pas qu’en Afrique du Sud l’on trouvait deux fois plus de lions en captivité que de lions libres (ce qui, dans un monde qui tournerait rond, aurait sonné comme un pléonasme). La dénommée « chasse en conserve », qui doit moins à Warhol qu’aux taxidermistes immortalisant a posteriori la dépouille, y est, en effet,…

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119

Je ne savais pas que « faire un bébé lotus » consistait, pour la mère, à garder le cordon ombilical relié au nombril du bébé – le temps qu’il se dessèche et tombe de lui-même (le cordon, pas le bébé) –, et, aussi, à conserver le placenta à l’intérieur du ventre, jusqu’à ce qu’il quitte naturellement domicile, sans…

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118

Je ne sais pas non plus quoi faire de mes bras. Ils sont souvent ballants – ce qui facilite nettement les strikes au bowling –, et relativement longs, parfaitement adaptés aux parents privilégiant la gifle au dialogue. Enfin, ils sont faits de coton, permettent d’amortir les chutes et de se toiletter en toutes circonstances. En…

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117

Je ne sais pas quoi faire de mes yeux, moins globuleux que vagulants. Ouverts, ils ne rencontrent que des scènes à glacer le dos de la rétine, et prennent froid ; fermés, ils suffoquent sous la paupière cellophane. A leur contact, tout n’est qu’hybris et montagnes : ils n’ont jamais trouvé de lentilles adaptées à leurs visions pasoliniennes,…

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116

Je ne sais pas si je dois y aller. Alors, je tue la fougueuse Hypothèse qui m’a bien trop de fois désarçonnée. Je devais me venger. Seul le parcours d’obstacles est encore debout, et, sans monture, y aller ne relève même plus du domaine du possible.

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115

On ne sait plus quoi inventer pour faire vendre. Tandis qu’en vain, je cherchais un classique rouge à lèvres carmin, je découvris qu’appeler un chat un chat n’était plus suffisamment tendance, surtout en matière de coquetterie. Le nom des couleurs était systématiquement remplacé par de libidineux anglicismes, destinés à séduire la gent féminine. Par ordre…

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114

Je ne savais plus que j’avais conservé, dans la malle peu hermétique de dessous mon lit, infiltrée par d’inquiétants moutons et quelques autres monstres finalement apprivoisés, toutes les décorations des coupes glacées ingurgitées durant mon enfance, lors des longues, très longues, vacances estivales. Un petit papier rectangulaire, sur lequel figuraient date, lieu et parfums choisis, entourait…

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113

Je ne sais pas comment éponger ses sanglots sans m’en imbiber dangereusement ; ces sanglots dont les cristaux de sel se sont inopinément glissés entre les deux tours solennels du moulin à poivre, qui saupoudre quotidiennement son dîner frugal (lequel n’est composé d’aucune rondelle d’oignon pouvant passer pour coupable). Je n’ose le serrer fort, dans mes bras,…

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112

Je ne savais pas que l’on pouvait désormais connaître l’âge biologique de son organisme grâce à une simple prise de sang mesurant les télomères, de petits capuchons qui protègent nos chromosomes, à l’image de ces embouts en plastique sagement placés à l’extrémité des lacets. La lubie actuelle étant de repousser au plus loin l’âge de la…

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111

On sait, depuis Aristote, que la nature a horreur du vide ; mais qu’en est-il de la petite nature (que je suis, que nous sommes tous, peut-être…) ? A-t-elle peur d’un petit vide, ou n’a-t-elle qu’un petit peu peur du vide ? Troisième hypothèse : redouterait-elle que le Vide, après toute une vie passée à s’en méfier comme d’un tyrannique colosse, ne soit…

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110

Je ne savais pas qu’un doppelgänger était, selon la terminologie allemande, le double (bien souvent imaginaire, et parfois maléfique) d’une personne. Et dire que, durant toutes les années où ces Saint-Bernards aux tonnelets de lithium m’en parlaient, j’ai toujours pensé qu’il s’agissait de la race du chien que j’avais quand j’étais petite ! Il s’agissait, précisément, d’un chien…

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