95

Elle ne savait pas me punir (j’apprendrai, plus tard, que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même). C’est pourquoi, après bien des tentatives pour la mettre hors d’elle-même, ma mère, je compris qu’elle m’avait, en toute circonstance, dans la peau ; et moi, dans l’os. Elle se serait punie en me punissant. Je ne fis donc…

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94

Je ne savais pas quoi faire d’aujourd’hui ; je n’en fis rien. Malheureusement, la réciproque n’était pas vraie. Aujourd’hui ne savait pas non plus quoi faire de moi, mais eut davantage de ressources : il fit de moi n’importe quoi.

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93

Je ne savais pas que l’acharnement du mauvais sort avait été théorisé par la Loi de Murphy, qui s’intéresse, entre autres, à La Tartine Beurrée (elle tombera toujours du mauvais côté), et à La File d’Attente (l’autre file, celle que l’on a exclue après moult conjectures, avancera bel et bien toujours plus vite). Edward Aloysius Murphy, ingénieur…

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91

Ils ne savaient pas que le parfait petit enfant aryen en couverture du Soleil dans la maison, seul journal autorisé durant l’autoproclamé lumineux troisième Reich, se prénommait Hessy Taft, et qu’elle était juive. Choisie parmi plusieurs autres photographies en lice pour le concours du meilleur représentant de la race aryenne, la sienne avait été envoyée par un sacré…

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90

On ne sait plus pourquoi ils se tuent (l’ont-ils déjà su eux-mêmes ?) ; c’est devenu une habitude, une tradition qui se transmet de génération en génération, comme celle du café matinal, avalé machinalement, sans même en sentir la saveur, pourtant de plus en plus amère. On a fini par confondre les palpitations avec le…

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88

Je ne me savais pas particulièrement séduisante, ce jour-là, jusqu’au moment où je dus passer devant la baie vitrée de la brasserie, à l’angle de ma rue, et constater, tournées vers moi, plusieurs rangées de têtes qui me suivaient du regard quand je faisais tout pour m’y soustraire. Vêtue d’une capeline qui dégoulinait le long…

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87

Je ne savais pas que les flamants roses devaient leur couleur à leur alimentation : de fait, ils ne mangent que des crevettes. Comme la nature est bien faite ! Imaginez combien les cartes postales eussent été ternes si, à la place des petits crustacés, les flamants se fussent contentés de la bourbe du marécage !

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86

Je ne savais pas que l’aimable et prévenante marchande de fruits et légumes, chez qui je me rends régulièrement, moins pour goûter à la saveur de ses produits qu’à celui de sa bonne humeur communicative, avait, il y a peu, perdu un parent – non son sourire. Nous devrions plus souvent soupeser le chagrin d’autrui,…

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84

Je ne savais pas que John Cage s’était enfermé dans une chambre insonorisée, à l’université de Harvard, en 1948, dans l’espoir d’y entendre le silence absolu ; espoir, en fin de compte, anéanti par la rengaine de son propre corps, mis à mal par sa propre présence. Point de silence, mais le son, plutôt aigu, du…

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83

Je ne savais pas que les rêves, au fil des nuits, pouvaient s’apparenter à de véritables feuilletons, tantôt policiers tantôt romantiques, la fin de l’un devenant le commencement de l’autre, à la façon d’un système de relais parfaitement huilé. Je me demande combien d’épisodes le personnage principal pourra encore tenir, tant il est meurtri par…

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82

Je ne savais pas que venait de paraître Les Femmes en 30 modèles, sous-titré « Les reconnaître, les approcher, les aimer ». (Après avoir découvert, il y a quelques semaines, le livre Vivre le deuil pour les nuls, et ayant pu devenir libraire, je me dois de poursuivre la promotion toute philanthropique de certaines pépites, ainsi que d’envisager tous les publics…

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81

Je ne savais pas que l’orque, même adulte, ne quittait jamais sa mère. Ses rares périodes d’indépendance, notamment pour l’accouplement, sont toujours brèves et, une fois les ébats terminés, elle revient dans le groupe auprès de l’orque mère. Sur terre, notre lot de consolation post-procréation se résume à quelques séances de thérapies de couple, d’utiles…

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