18.07.22

« Il faudra éviter tout contact direct avec les oiseaux sans vie » – tu feras donc le mort. Adopteras la position la plus confortable sur ce parterre de plumes, puis le spécimen de ton choix parmi quelque 700 cadavres d’oiseaux marins, comme autant d’indolents compagnons de voyage – goélands désargentés pour la plupart, au lustre encore acceptable cependant, pour un touriste venu fêter l’obtention de ses premiers chèques-vacances.

Ainsi exhibés sur le sol, pareils aux contrefaçons et refrains piratés, tous présentent un défaut attachant : tu hésites. Le vendeur (le même, il te semble, qui loue les pédalos et les transats) visiblement s’impatiente. C’est un peu honteux alors que tu vends ton âme à la sauvette, jetant finalement ton dévolu sur le plus valide, sinon le moins piteux (qu’il tienne dans le temps, quand même… au moins jusqu’au retour des vacances, pour frimer un peu au bureau).
Fort satisfait de la transaction (il te reste deux chèques-vacances), tu repars à tire-d’aile vers d’autres horizons et, si possible, des zones moins encombrées. Même en laisse, les chiens ne sont pas acceptés au mini-golf, mais un goéland mort, dans la poche, ça devrait passer. Tu perds contre ton précédent score : tu ne fais pas le fier, mais une caresse discrète à ton nouveau compagnon d’infortune, déjà un peu plus terne, ça n’aura pas traîné.

Aussi éviteras-tu les palmes qui – à l’instar des ailes géantes de l’albatros ou, plus certainement, de tongs trop larges – t’empêcheront de marcher rapidement vers la piscine la plus proche. En contact direct avec le carrelage, ton ultime chèque-vacances n’aura pas un goût amer mais bien celui du chlore.