01.03.22

L’actualité est pesante, c’est le moins que l’on puisse dire. Pourtant, le journal est bien mince aujourd’hui. Plus de mots pour dire la guerre ? On ne peut donc que la faire ? Ce n’est quand même pas très professionnel. La presse, par élégance sans doute, ne parle pas davantage de la Fashion Week : aussi interminable qu’une semaine de jeûne intermittent, elle ne ferait guère le poids face au défilé des tanks.

A l’instar de ces calendriers perpétuels, je suis étonnée que personne n’ait encore inventé la « une indémodable ». Au fond, le journal parle toujours de la même chose, quelle que soit l’année. Un éternel recommencement, comme la taille de guêpe, les pattes d’eph, le crochet… A peu de chose près, toujours la même mise, les mêmes joueurs, la gagne et les défaites, la pioche, le bluff et le joker, des coups d’éclat par-ci par-là… Pourquoi donc se creuser la tête quand l’on assiste chaque jour au même spectacle ? Les gens d’armes et les valeurs serait un titre accrocheur, et pérenne bon sang !

En dernière page – pour refermer le journal sur une note joyeuse, j’imagine –, on me donne l’horoscope (une caresse dans le sens du poil) et la recette des bugnes, ces beignets du mardi gras. Une recette assez facile, pour quatre personnes. Cependant, je suis seule, j’ai deux mains gauches, point de friteuse… et puis, me direz-vous, a-t-on seulement encore de l’appétit ? Bien sûr que oui ! L’appétit vient en mentant (aussi, en passant devant les monts de merveilles en vitrine des boulangeries) ; et comme l’on se ment bien, les doigts tout huileux, les yeux bien au sec. Enfin, il faut parfois se tourner vers les gens compétents, les recettes pérennes : « 100 grammes, ça en fait combien à peu près ? Ah… juste 5… c’est tout ? Alors le double. Enfin non ! 350 disons, ou plutôt 400 tout rond, c’est ça : 400 grammes de bugnes moelleuses s’il vous plaît. »