25.02.22

De peur qu’elle ne meurt de soif, j’ai noyé mon Amaryllis pourtant dans la force de l’âge. Elle tangue désormais comme la cheminée d’un Titanic. J’ai la main lourde quand il s’agit de bien faire.

L’homme et l’iceberg ont en commun un certain détachement. Leur avenir est aussi proche d’une mer de sang, au mieux d’une flaque. Reste que la météo ne pourra décidément rien pour leur peau.
Quant au radeau, il continue à surfer sur la vague pour trouver où faire fortune et, pourquoi pas, se rendre utile. D’instinct, met le cap vers l’est.

Experte de la dérobade, chaque jour je m’entraîne avec rigueur. Je n’ai pas tant de mérite, le terrain était favorable, disons qu’il s’agit d’un talent congénital. Je saurai prendre la fuite à temps ; par la mer fluide d’abord, en dernier recours par la terre ferme. Par les airs, en revanche, j’ai des progrès à faire : j’attends la saison des moustiques et des montgolfières. J’observe tout ce qui vole avec application quand je ne suis pas tapie dans l’abri anti-bombes que j’ai inventé de toutes pièces, à la lueur de mon front.

L’horizon est flasque comme une joue triste. Aussi faut-il s’efforcer de raffermir nos maigres qualités – en priorité celles du cœur car ce sont là des muscles profonds. A trop les négliger, on devient lâche, puis émergent quelques vergetures (je ne les condamne pas ; elles sont la preuve irréfutable qu’un changement est toujours possible). Cependant, le relâchement est parfois irréversible. Eh quoi ! on n’est pas libre de ses mouvements dans une gaine !

Aménagé par mes soins, le bunker ressemble comme deux gouttes d’eau à nos paupières quand l’on dort. La prison dorée de ta peau. Ma respiration prend ta vitesse de croisière et je n’ai plus peur. Et puis, tu ronfles. J’ai le cœur lourd quand il s’agit de te faire taire.


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