15.02.22

De la boue de la mer Morte régénère et détoxifie mon visage tandis que j’écoute le témoignage d’un agriculteur qui rappelle que, dépourvus de glandes sudoripares, les porcs sont parmi les animaux les plus propres de la ferme. La boue sèche, tiraille. Vient le temps du rinçage : j’ai déjà meilleure mine. Un glow naturel. C’est décidé : je sors ce soir.

« Balance ton bar ! » A ce moment, je m’exécute : trouve un ver, jette l’hameçon, crochète un beau spécimen la bouche ouverte (en conséquence, l’eau à la bouche) et le balance sur le comptoir. Une prise respectable de plus d’un mètre qui, en conséquence toujours, fait valser la rangée de verres de rhum qui attendaient d’être flambés, éclabousse du même coup clientes et barmen. Cris de désespoir, invectives, regards noirs – le maquillage n’était visiblement pas waterproof… Bref, j’ai loupé mon coup.

C’est vrai qu’il fait un peu tache au milieu du panier déjà bien garni de crabes érubescents. Très joliment tacheté pourtant, bien dodu, respirant la bonhommie par ses branchies, mon bar ne plaît pas. Pas du tout. Il vole peut-être un peu trop la vedette aux reines de la soirée. C’est vrai qu’étincelante à souhait, sa robe argentée éblouirait n’importe quel highlighter savamment fixé sur les pommettes et l’arcade sourcilière. Mon offrande bien balancée sort décidément par tous les pores de l’assemblée, floutés cependant avec beaucoup d’application.

Pour couronner le tout, voilà qu’on m’engueule comme du poisson pourri ! Afin de ne pas me faire trop d’ennemis (je n’aime pas le conflit), il faut trouver un arrangement au plus vite : en conséquence alors, je paye une tournée générale de rhums arrangés. Je m’en envoie un d’une traite, ai l’impression d’avaler une couleuvre carbonisée. Finalement, pars en quête d’un écailleur avec mon butin pas commun sur les bras. Après tous ces événements qui m’ont fait suer, je ne suis plus franchement à mon avantage ; et ma peau qui brille, aux tempes, sur le front, les ailes du nez… là où elle cherche à respirer, en somme. La zone T est un quartier vraiment trop dénigré. Pas si craignos, au fond. Plutôt salubre en fait. Suffit de poudrer.

Sur le chemin, je croise un groupe mixte à tendance grasse. Des badauds haut de gamme. Je les vois se pincer si fort le nez que quelques points noirs en profitent pour s’échapper. D’accord, je dois puer la poiscaille, et alors ? C’est sans conséquence – et toujours mieux que l’odeur de transpiration des lieux très fréquentables.


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