03.02.21

À celui qui donnerait tout pour un petit remontant – sans oublier l’attachant dessous de verre publicitaire et l’addition toujours moins salée que les traditionnelles cacahuètes –, je ne saurais trop lui conseiller de suivre à la lettre le fameux proverbe « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». En donnant ainsi de sa personne, par-ci, par-là, il pourra endosser à la fois le rôle du garçon de café et celui de l’habitué – puis de tous les figurants, de sa doublure, qui l’en empêche ?

Devant et derrière la caméra, il se fera son cinéma, renouant ainsi avec le bonheur simple du grand écran de fumée. Il aura soudain l’impression de faire partie d’une grande famille, laquelle remplira la salle injustement sevrée d’avant-premières jusqu’alors.

Ivre d’applaudissements et pour le moins submergée par l’émotion, la toile se détendra sur-le-champ : changée en chiffon, elle sera fort utile pour éponger la consommation renversée (porter un plateau, ça reste un métier !). Bien entendu, pour réaliser son rêve, le pilier de bar sans bar abusera de grands travellings, du canapé à la cuisine, prenant très à cœur sa nouvelle vocation : réalisateur de superproductions. Enfin, il sera bien inspiré de s’offrir une machine à glaçons : n’ayant d’autre compagnie que lui-même, il pourrait être amené à briser la glace et, face à un acteur aussi impressionnant, mieux vaut trouver rapidement un sujet de conversation original. Ainsi évitera-t-il les silences embarrassants des vieux films d’auteur.

Quant à ceux qui rêvent plutôt de théâtre, ils doivent garder espoir et tendre l’oreille ! Ils risquent d’entendre les trois coups plus tôt qu’ils ne l’imaginent ! Au reste, le vraisemblable troisième confinement leur donnera bientôt tout le loisir de construire un quatrième mur bien solide à la place de ces trop maigres cloisons séparant le coin télétravail du recoin télévision.

Il faut garder à l’esprit que la clientèle des clubs libertins est sans doute la plus malheureuse à cette heure. Sans plus de joker, il faut ronger son frein et grignoter chaque jour le même partenaire, le plus souvent sur le pouce… Quel ennui ! Je ne peux malheureusement rien pour elle, étant pour ma part fidèle depuis des années à la même pitance faite de fausse chair, de fausse mayonnaise et de faux fromage (dit à bon escient faux mage) afin de nourrir le manque, et partant mes fantasmes. Celui, tenace, de rester sur ma faim.

Il m’arrive toutefois de penser avec nostalgie aux dîners des grands restaurants qui ont toujours eu la prévenance de mettre sous mes yeux autant de couteaux et de fourchettes que de bonnes raisons d’en détourner l’usage. Ayant une fâcheuse tendance à me réfugier dans les boîtes qui conservent lorsque je suis livrée à moi-même, je dois avouer que je me languis parfois de ces bonnes adresses qui changeaient, tout bonnement, de celle où je réside. Je ne suis cependant pas la plus à plaindre étant donné que des mets gastronomiques, j’ai déjà la cloche ! Elle garde à bonne température les petites voix dans ma tête qui, lorsque survient une disette de raison, me servent de collation.

Je ne manque donc presque de rien, et c’est bien intentionnellement que je n’ai pas évoqué concerts et autres lieux de transe car j’aurais ressenti des fourmillements me parcourir le corps, ensuite été contrainte de faire du sport, au moins me dégourdir les jambes sur une musique entêtante… Cependant, il me reste suffisamment de volonté pour éviter ce triste sort ! Moi vivante, jamais je n’en arriverai à de telles extrémités ! (Les miennes sont d’ailleurs bien trop froides.)

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