30.01.21

La nuit dernière, j’ai rêvé de Michel Houellebecq qui, en plus de son désespoir congénital, cultivait depuis peu des pommes sans pesticides, ce pourquoi il s’était déplacé jusqu’à mon domicile. L’attention était tout à fait charmante et le panier bien rempli ; cependant, les vers étaient dans tous les fruits. Ne restait plus qu’à en faire de la compote, puis se donner l’un l’autre la becquée.

La veille encore, je faisais des nœuds sur un bateau du Vendée Globe en compagnie d’Édouard Levé qui, gentiment, me partageait sa corde. Si je dois boire un verre à moitié vide avec Sylvia Plath la nuit prochaine, je serai tentée de croire que mon inconscient n’est vraiment pas en forme. Quoique fidèle, cet asile confortable finira par me tirer vers le bas : d’ailleurs, voilà plusieurs semaines déjà que je m’endors et me réveille sur le ventre comme si je venais de chuter du 11ème étage.

C’est la mort dans l’âme que je vais donc devoir couper les ponts avec ce noctambule-là, personnalité toxique s’il en est (et peut-être même pervers narcissique si j’en crois le questionnaire que j’ai rempli en ligne). Il faut réagir vite et comme qui dirait sauver les meubles – surtout le sommier tapissier qui ne résistera pas plus longtemps à de telles visites. Je dois garder pleinement conscience de cette joie de vivre qui subsiste, et ne manque pas d’imagination quand il s’agit de garder les yeux ouverts. Oui, il est encore temps de sauver cette petite flamme intérieure qui, vaillante et ponctuelle, se rallume chaque soir, à l’heure du coucher. Quand les muscles s’allongent et les distances raccourcissent.

Si je prends ainsi le risque de renouer avec l’insomnie en déclinant les songes, je ne manquerai pas d’inviter une ribambelle de moutons qui, sans jamais rechigner, sauteront joyeusement les barrières au fur et à mesure que je les dispose.

Pendant ce temps, sur une plateforme téléphonique :

— Je suis cas contact d’un fantôme. Dois-je vraiment m’isoler pendant une semaine ? J’avoue que je ne préférerais pas. Je crois ma maison hantée. J’entends la pensée grincer et les portes s’ouvrent toutes seules ! Je peux depuis hier les traverser. D’après vous, suis-je encore contagieux ?

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