05.12.20

L’écrivain vit dans le genre correspondant à son texte.

Doté à la naissance d’une langue plus longue que le bras, elle atteint sans peine le lac lacrymal où il puise son encre : c’est le premier jet.

A force de travail, il a fini par toucher un panel de lecteurs allant de l’enfant précoce à la vieille fille. Son prochain cœur de cible, c’est le groupe des dacryphiles anonymes qui se réunit une fois par semaine dans les sous-sols du fonds ancien parmi 700 autres incunables.

Enfin s’il peut éprouver du désir pour les personnes de l’autre texte – celui qu’il aurait pu écrire –, le plus souvent il se masturbe dans les règles de l’art : la grammaire est méthodique ; l’abécédaire malveillant ; le stylo toujours Pilot, jamais Bic. Aussi fait-il crier la syntaxe en martelant les touches de sa Valentine – en réalité, un clavier sans fil en silicone, tout plat, tout flasque, comme un sein entre les deux plaques du mammographe.

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