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Sous les plaids je pachyderme

Des voix anonymes montent dans les tours, et jusqu’à l’ivoire de la mienne. Je dois sortir du rêve de la plus pénible des façons : non le chant, mais noms d’oiseaux. Avalanche de gros mots petits comme un pourboire. Aucune dispute ne devrait sonner avant midi : laisser au moins une chance au matin, d’être poli.

L’hygromètre aussi s’affole, il faut aérer coûte que coûte, renouveler l’air moite de la nuit. Alors, j’ouvre grand les yeux et les fenêtres. Je laisse ces dernières ouvertes une vingtaine de minutes, ce qui suffit à refroidir la pièce et réchauffer les vrais oiseaux. Une odeur de graillon se propage, persistante. Je vide l’eau rance de la bouillotte oubliée la veille, dans un recoin du canapé. Je me demande encore de quand dater ce moment charnière, dans ma vie locative, où tout a clairement basculé : j’obéis donc à un petit hygromètre digital à piles.

Cependant, la dispute continue à s’infiltrer par la petite grille d’aération des toilettes, les entrées d’air en haut des fenêtres, sous la porte d’entrée pourtant calfeutrée… On dit que la parole qui blesse a un ton sec ; au contraire, je trouve qu’elle poque, suinte et gondole. A vue de nez, je dirais même que l’injure se situe au-delà de 80% d’humidité relative. Vaste terrain propice aux moisissures.

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