04.02.23

je ne sais pas
dire non
mais si
bien faire
de moi
ce qu’on na
n’attend pas
aussi bien
fuir sinon
rire des si–
tuations que
c’est tout
comme
non ?

02.02.23

En raison de mes yeux peut-être, on m’appelle “Dendrobate Bleu” dans le milieu – mais lequel au juste ? C’est que l’on ne m’a jamais donné de réponse très claire et pourtant, je vous assure, j’ouvre bien les oreilles, parfois même en pose une sur votre bouche… mais rien. Jamais rien de plus inoffensif qu’un dernier souffle.

Bien sûr qu’il existe un moyen de changer la couleur des plumes d’un oiseau et rendre sa parure plus éclatante : il s’agit de tapirer (et pour ce faire, il arrive même qu’on utilise le mucus ou le sang de l’amphibien sus-cité). Reste qu’il faudrait inévitablement le plumer d’abord, lui passer ensuite de la pommade et le regarder tranquillement s’y engluer ; cependant, bien que fadasse, l’oiseau est plutôt tenace encore, si ce n’est de passage. Aussi pourrait-il vous dire d’aller vous plumarder bien profond sous votre couette au gonflant impeccable.

Enfin, dans la bouche des tribus amérindiennes, savez-vous que cette azurante grenouille tout envenimée se nomme Okopipi ? Je ne sais pas vous, mais moi, ça me la rend extrêmement sympathique, cette petite raine, disons presque autant que l’oiseau en verve. Et puis, rien de tel qu’un mot savamment choisi – c’est redoutable – pour briller dans mil lieux troubles.

« Je projette sur la nuit toutes les miennes » (nouvelle)


« Je mens » est sorti et justement je m’en réjouis !


C’est la première fois que j’écris pour la revue Pourtant (ici, le numéro 5) et, pour ne pas vous mentir, ça ne m’a pas servi de leçon. Vous l’aurez compris, ce numéro ne s’intéresse pas qu’à la vérité, cependant ma nouvelle – je le promets – s’intitule Je projette sur la nuit toutes les miennes. Elle se situe entre “seules les baleines” et des artefacts, autant dire vraiment une place de choix. Toujours est-il que je n’ose plus y jeter un œil au risque de tout désavouer… alors à vous de me mentir désormais ! (D’ailleurs, à la page 44, j’aurais aussi bien pu écrire La nuit, jument, je prends des freins à travers la plaine ; j’ai toujours dans les bottes des montagnes, des questions qui subsistent encore statu quo.)

Lecteurs parisiens, vous pouvez dès à présent aller chercher en tout anonymat votre exemplaire de Pourtant et, du même coup, tomber sur La Preuve du contraire, tous deux se trouvant à la librairie Le Monte-en-l’air, perchée sur les hauteurs de Ménilmontant, n’est-ce pas là une affaire rondement bien amenée ?

Ici, la liste des librairies partenaires
sinon le commander en ligne

31.01.23

Ah, l’évidence ! Eh bien, à l’évidence, c’est un coup de massue, sinon un couperet, comme on peut difficilement l’éviter ; elle tombe là, on dit même juste sous nos yeux. Et sous les yeux, si je ne m’abuse, il y a le tronc, les racines et pas mal de branches encore. Auxquelles se raccrocher ! Voyez donc comme la nature est bien faite.

Moins brutal quant à lui, le coup d’épée ne frappe guère ailleurs que « dans l’eau » — évidemment, juste pour m’éclabousser.

30.01.23

Dans le fond, que reprocher au couteau dans la plaie ? N’avez-vous jamais, avec sa pointe, vérifier la cuisson d’une viande pour ne point vous y casser les dents une fois encore ? C’est pourtant une technique vieille comme le monde, transmise de génération en génération.

La moitié du bras, le nez et trois cils dans le four où fomentait le gâteau encore tiède du mercredi, ma mère disait d’ailleurs : « Il faut enfoncer le couteau autant de fois que nécessaire, tu vois, jusqu’à ce que la lame n’accroche plus et ressorte toute propre comme ça, alors seulement on sera sûres : C’est cuit maintenant. »

Depuis que je suis en âge de cuisiner seule et toucher aux maniques, je n’ai cependant jamais eu de four. Je lui ai tout naturellement préféré le moulin et, jusqu’à présent, je dois dire que le gâteau s’en porte bien : toujours tiède et sans un grumeau. Autrement dit, c’est une affaire qui tourne ! Dans l’assiette, la crème chantilly fond allégrement sur le chocolat dont le dessus craquelle à souhait, comme la couche de sable craque sous les pieds une fois l’orage figé par le soleil.

29.01.23

Chacun y va de sa petite prédiction s’agissant du Nouvel An chinois, mais voilà tout bêtement ce que je présage : l’année du Lièvre sera la plus à même de vous poser un lapin.

Enfin ! quittons un peu la ménagerie du zodiaque et revenons à nos moutons, à savoir qu’un cygne ayant la chair de poule est aussi le signe avant-coureur d’une basse cour.

Et comme dirait la Tordue : Rien ne sert de croupir, il faut se départir à point.

28.01.23

je n’écris que
pour ne crier ce
qui n’est plus

j’écris pour
trois fois nier
en somme

il reste que je
porte la voix
et plainte contre x

comme je renie
l’auteur de la
fraction

expose sans retenue
ce qui triple mo
n impuissance

25.01.23

Un veneur « mieux encadré » — ainsi que beaucoup le réclament en vertu de la cause animale et, tant qu’à faire, la sécurité de tous — ne serait-il pas en vérité un petit veinard bien accroché au mur, enfin à hauteur des yeux et celle de tous ses trophées ?

Pour ce qui est d’éviter les balles perdues, rien de mieux en attendant que de se perdre avant elles — dans le vaste monde, un trou de souris, une ville fantôme, déserts 3D et forêts 4K, traquenard ou ruelle sombre, a fortiori dans vos pensées ; bref, allez où bon vous tremble.

Fille de l’été (refrain)

Ma nage est un mélange inédit entre celles de la grenouille, de la notonecte et du poulpe.

Fille de l’été | Poupard
(tuba-texte)

Grâce au talent de ce cher Poupard à deux têtes, quatre mains et autant de pistes à cassettes, la Fille de l’été est un refrain désormais, sinon un tube-à-fête, disons qui reste en tête (d’après RTL2, Nostalgie ou Les Inrocks, je ne sais plus). Toujours est-il qu’elle porte le numéro 7 et s’est glissée comme un syngnathe entre Isabelle Huppert et Fermeture dans leur album Cérémonie Malgache. (On peut l’écouter en boucle sans crainte de mal tourner — sur Spotify & Bandcamp)


Tiens, si je faisais d’une pierre mot compte double pour une fois ? C’est le moment de dire que j’ai aussi participé au clip de Tête Basse, où j’ai pu fumer à l’envi des Mademoiselle tout en jouant avec des lettres et quelques accessoires très personnels, que demander de mieux pour achever décembre la tête moins lasse ? Alors merci Poupard, de m’avoir offert mon premier rôle en tant que Houle Slave – grand rôle de composition s’il en est.


▶︎ POUPARD – Tête basse on Vimeo
▶︎ Cérémonie malgache 2 | Poupard (bandcamp.com)

19.01.23

Le coup de foudre, si l’on remet tout ça en ordre, c’est pour le coup un fou ourdé, disons un fou qui sourd, accoudé au bar — force est de constater que l’alcool fait partie intégrante de la chasse, ce qu’a d’ailleurs récemment rappelé la secrétaire d’État chargée de l’Écologie, visant bien pour sa part « le zéro accident ». Reste à espérer qu’elle vise donc comme une pro : épaule solide, dos droit et cœur engagé ; lunettes de protection et casque antibruit comme il ne faudrait pas devenir aveugle en plus de complètement bouché ; sans oublier les pieds à 10h10, heure providentielle s’il en est puisque c’est aussi celle du premier p’tit coup de rouge, sinon du cinquième verre d’eau-de-vie : il faut bien ça avant d’ôter celle des cerfs !

 Il roulait des mécaniques en état d’ébriété : adieu le permis baratine !

Reste que je ne donne pas cher de la peau de ces petits chacals sachant si bien chasser loin de leur chenil et trop près du chez-soi ; mais cela, plus pour longtemps peuchère, car on ne saurait chasser si sobre ! (Que cette harangue puisse être l’ultime revanche du cheveu sur la langue de mon enfance — lequel, tout bien réfléchi, s’apparentait plutôt à la soie d’un sanglier ou l’épais poil du yack. Pas étonnant que le loup ait été si longtemps l’unique prédateur de ce dernier ! Je me souviens, c’est vrai, j’étais un peu sauvage et n’en faisais zalors qu’une seule bousssée. Pour qu’il cesse de ruminer.)

17.01.23

Un peu plus et je manquais à tous mes devoirs en cette nouvelle année ! Mais il est encore temps pour les vœux comme le rappelle sciemment la coach de Madame le Figaro : La fourchette s’étend sur l’ensemble du mois de janvier ; fin décembre, c’est trop tôt mais le 1er février, un peu tard. Ah, la ponctualité ! Un juste milieu si fugace entre trop d’avance et ce loupé.

Je ne suis pas coach pour un sou, mais je ne crois pas me tromper en avançant qu’être à l’heure peut procurer une joie similaire à celle de planter la dent de sa fourchette pile au cœur du dernier petit pois, arrêtant ainsi – ce n’est pas trop tôt ! – sa course folle à équidistance des bords de l’assiette plate comme une pagaie, ou encore le capuchon de ces tubes à bulles de savon ; capuchon dans lequel se cachent souvent une bille et son labyrinthe, faisant de ce tube un cadeau doublement divertissant et triplement économique puisqu’on peut le réutiliser ensuite en y mettant une autre solution, qui finira elle aussi par éclater au visage. (Entre-temps, il est possible que votre petit pois, ainsi brinquebalé dans tous les sens des aiguilles d’une montre, soit devenu verdâtre : signe qu’il faudra moins tergiverser la prochaine fois.)

A ce propos, vite vite vite, les vœux ! Et que puis-je vous souhaiter sinon que tous vos rêves deviennent, alités, aussi solubles que la chicorée, un soupçon de vitamines alphabet et quantité de remèdes un peu trop ronds pour être honnêtes, mais si bien dissous dans la popote ou la pâtée qu’on en mangerait.

Et pour ma part, de continuer ici à vous présenter mes meilleurs succédanés.

13.01.23

En raison de dysfonctionnements regrettables, le géant de l’ameublement IKEA rappelle à l’ordre certains miroirs baptisés LETTAN.

Le temps que je me fixe encore un peu… laissez-moi jeter un œil – le plus vif – à l’étendue du problème : pas une seule zone d’ombre. Ma foi, oui, j’ai plutôt bonne mine, le teint uniforme et lumineux… Attendez voir, je suis méconnaissable ! ça non, ce n’est pas moi : vous avez raison, il ne marche pas du tout votre miroir, le tain est mal fichu. Embarquez-le donc !

Les clients peuvent commander gratuitement de nouvelles fixations murales, a déclaré l’entreprise ce jeudi, et c’est la moindre des choses, mais est-ce bien suffisant pour me faire tenir en place ?

12.01.23

Le génome de l’homme et celui de l’orang-outan sont semblables à 97 %. Nous présenterions plus de similarités encore avec le chimpanzé. Quant au gorille, son génome ne différerait que de 1,57 % du nôtre. En outre, nous partageons 95 % de notre matériel génétique avec le cochon et, à l’évidence, le même attrait pour la boue.

Et qu’en est-il de l’ADN de la mouche qui si souvent loupe le coche, mais jamais une petite occasion de bâiller ?

Sans parler de cette foutue tique qui s’accroche, mais alors qui s’accroche ! et bon sang, on ne peut même pas lui arracher la tête une fois pour toutes : bien trop risqué, malheureuse ! Imagine, elle pourrait s’enticher, s’enficher là, prendre racine comme le saule pleureur du parc d’Uriage qui résiste et réside entre le minigolf et les petits sulkys depuis même avant ma naissance il paraît et que je ne vais plus consoler chaque dimanche après un tour de vrai poney parce que j’ai une vie à livres moi aussi je n’ai plus le temps comme je me rapproche tous les jours du jour d’après ma mort qu’on pourra pas piler net devant, et de toute façon je n’ai plus assez de mouchoirs pour tout le monde à la fin ; aussi bien pourrait-elle s’implanter comme une puce — ah, tiens, la puce : sommes-nous si loin de la puce ? Je me gratte la tête un instant et reviens vers vous dès que passible.

06.01.23

Loin de moi l’idée d’en rajouter une couche maintenant que j’ai enfin tourné la page de ce millefeuille de fibres creuses, et pu alléger mon dos de quelques kilos de mailles, mais je ne suis pas peu fière d’annoncer aujourd’hui que ma résistance au froid n’a de limite que la longueur du câble de ma couverture électrique. En peu de mots (et seulement quelques semaines), j’ai tant gagné en souplesse mentale qu’elle n’a plus rien à envier au flexible de douche !

Alors ce ne fut pas vain, ces inventifs scenari de pannes et de fuites, ces longues semaines congelées à faire ma cosette sans trop causer — mon teint livide et mes lèvres bleutées auront enfin parlé à ma place. Et puis, j’ai pris conscience qu’à défaut du ressac, j’avais de la ressource ! De là à dire que je ressors grandie de cette mise en situation en milieu de précarité énergétique, c’est peut-être excessif ; mais grandement calée en grog, gnôle et grappa, en revanche, voilà qui est indiscutable !

La dolce vita n’est autre qu’une douche à l’italienne, sinon une baignoire acrylique aux joints noircis par la moisissure, ainsi récurent-ils heureux et jamais l’eau n’a paru si douce. A la bonne heure, le chapitre est clos — j’aurai donc fini par en écrire un, proprement ivre qui plus est !

05.01.23

Après deux mois de silence total – force est de constater que j’avais fini par le croire immortel –, les radiateurs seraient à nouveau en état de marche. En fait, de nuire. On ne les aura pas assez purgés, et c’est moi qui suis au purgatoire désormais ! Piégée à mon tour tel un borborygme dans leur sinueuse tuyauterie, condamnée à supporter leurs râles et cette maudite déglutition aussi régulière que la goutte dans le vase.

C’est bien simple, depuis que j’ai assez chaud (presque trop), il semblerait que je doive cohabiter avec un chat qui salive bruyamment devant sa gamelle quand il n’est pas affairé à sa toilette méthodique, voire un ours à la prostate encore compétitive faisant avec grande désinvolture la petite commission partout dans la maison. Ou peut-être s’agit-il d’une femme dont la vessie capricieuse se libère avec fracas par un pisse-debout, est-ce que je sais encore ! Moi, je ferme les yeux quand j’essaye de dormir ! Mais ici quelque chose circule et cherche à le faire savoir. Eh bien, pour tout avouer, je préférais encore m’entendre claquer des dents.

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits, à se demander quand reviendra la panne. Dis, au moins le sait-elle ?

02.01.23

Il n’a pas réinventé l’eau chaude sans en mettre un peu plus tôt dans le gaz, ça soûle de course !

Cependant, deux épis implacables prennent encore de l’altitude, pensant dénicher au plafond un brin plus de chaleur, laquelle s’est déjà donné bien du mal pour monter aux joues… Ou bien – et c’est fort probable – n’ont-ils pas les intentions que je leur prête depuis le sommet de mon crâne, et c’est simplement le souvenir du grand froid qui les hérissent déjà.

Toujours est-il que dans mes pensées, la température ambiante ne descend jamais en dessous de 40 degrés. C’est vraiment le minimum quand on est du genre frileux.

01.01.2023

L’année s’ouvre à l’instar du robinet d’eau chaude
laquelle se livre enfin sans réserve ! se précipite
et puis m’entraîne dans sa chute haute pression
cramant la carne bleue à cœur disons mi-cuite
ainsi délivrée du givre — voir à nouveau
la danse pudique des essuie-glaces

Mais la trombe calcaire fatalement
décape et pour finir rouvre les crevasses
des phalanges encore agrippées au thermo-
statique comme le froid s’attrape
jusqu’à l’os et n’en démord pas

31.12.22

De Dietrich, non pas Marlene de son prénom — née bilingue en 1999, entre deux eaux générationnelles, la X et la Y (ce qui n’était déjà pas bon signe), de type caucasien 2.24 FFGN et pesant à vide sans habillage environ 60 kilos, issue d’un milieu urbain, ce pourquoi elle est un modèle du genre City, par ailleurs immatriculée 5328 ; ayant présenté de grands signes de faiblesse dès le 28 octobre, alternant pics de température et hypothermie à vous glacer le sang ; déclarée en état de panne totale le 12 novembre et, d’un commun accord refusant l’acharnement thérapeutique, finalement débranchée le 2 décembre à 17h24 ; ainsi conservée jusqu’au 27, la bouche ouverte, dans la cuisine mortuaire, précisément au-dessus du réfrigérateur qui dégivre pas mal, allez savoir pourquoi, tout part à vau-l’eau ici ; enfin déchargée, prête à partir ! par suite, déposée assez peu délicatement dans la benne parmi d’autres encombrants pour finir incinérée, reconditionnée, traînée aux gémonies ou juste aux oubliettes (chacun croit bien ce qu’il veut… moi, ce que j’en dis…) — une certaine De Dietrich donc, et ce malgré la particule nobiliaire, sera le dernier cadavre de cette année franchement pas si catastrophique quand on n’y pense.

Mais ne pourrait-on pas injecter un peu de propane à ce foutu ballon d’eau chaude sanitaire après tout ? et encore après, à moi le déluge !

24.12.22

Gelée
en travers
de la gorge
que je coupe
encore chaude

je prends le risque
puisque c’est le chemin
le plus court
jusqu’à ton épaule

– où j’en bave
sueur froide
sous peu tiède

23.12.22

« C’est-à-dire que vos gâteaux sont trop difficiles à lire… Après un dîner hyper gastro, on veut de la pâtisserie ultralisible, vous comprenez ? »

Entre tes mains fume la recette : le vin chaud sera la sangria des jours qui glacent.

Et peut-on dire au bretzel de bien vouloir cesser de mettre partout son grain de sel, à la fin ?! Allez, qui se dévoue ?

22.12.22

Ho ! ho ! ho ! Mais qu’est-ce que j’entends ? Un Père Noël rit en se tenant les côtes, de peur qu’elles ne transpercent ses ventres rembourrés, le faux par-dessus le vrai.

Attablé au bar à raclette le plus proche de son large fauteuil — il y a de la place pour deux là-dedans mais c’est quand même dans l’un des plis de son épais pantalon de costume taille unique que le prochain morveux, sans jamais se déchausser, trouvera la place idéale sinon un trampoline trop rigolo —, il prend enfin sa pause et son téléphone. Et de s’esclaffer alors en voyant le nombre de vues de sa dernière vidéo visible sur TikTok ! Il le savait bien, qu’il était destiné au tout petit écran ! Haches-tag et coups de massue, performances sur chaise haute, prestations intergénérationnelles, flasques mob et gestes bien tendus, reprises, parodies, tutos… En un mot, c’est le buzz ! Oui, « À dada sur mon bidet » fait fureur, vous entendez ?!

Et qu’on se le dise, se faire une place dans le paysage chorégraphique français, on n’y arrive pas les doigts dans le nez — du moins pas les siens. Pour en arriver , combien d’enfants touche-à-tout a-t-il dû faire grimper sur ses jambes, et trotter sur les cuisses, et retomber sur leurs fesses, et puis basculer vers l’avant, et retenir par le ventre en priant pour qu’ils ne dégobillent pas sur ses chaussures pointure 40, enfin rebasculer vers l’arrière, cette fois en soutenant leur nuque et ses pauvres reins… C’est qu’il ne faut pas manquer de ressort pour ainsi tendre une perche toute la sainte journée et filmer sous tous les angles cette ribambelle de gamins comme une pile instable de minicrêpes sautillantes (parfois une omelette bien baveuse) ; le tout en gardant son calme et le souci du cadrage ! Mais voilà, c’est lui désormais qui caracole en tête des tendances.

En fin de compte, ça valait la peine de se faire constamment tirer le portrait et puis la barbe — la fausse, sous laquelle la vraiment mal taillée. Et de commander un autre verre de morbier, allez, il faut fêter ça ! c’est sa tournée : shots d’abondance pour tous les mange-debout, et que ça saute !



21.12.22

Le miracle est un marché de niche. D’ailleurs, je ne serais pas étonnée de le voir bientôt, jouant des coudes, se faire une petite place dans l’enfilade de chalets adorables où les douces épices de Noël – c’est-à-dire du pinard bien chaud – se mêlent aux microbes de saison, qui crachinent localement sur les immenses gamelles de tartiflette et d’aligot.

Puisse le ciel lui tomber sur la tête avant la pyramide de tourtons !

D’abord incognito entre deux rangées de fausses bougies « effet cire fondue » ou « flamme vacillante », on le surprendrait ensuite à faire son trou, et pourquoi pas dans ce charmant cabanon qui sent déjà fort le saint-nectaire ? ou bien même dans le cœur de la meule en train de fondre à l’instar des badauds qui se pressent autour du brasero, attendant que leurs diots finissent eux aussi de rendre leur graisse.

17.12.22

II.

il n’a pas la lumière à tous les étages
mais presque

même qu’au deuxième, deux
silhouettes passent – deux vents
devant la fenêtre et de bons moments
en tête-à-tête avec un passe-temps

abat-jours, guirlandes et lampions
bougies LED et fières chandelles
toute cette lumière d’ambiance
me briserait le cœur en mil pampilles
comme lustre tombé du plafond
s’il n’était déjà suspendu le temps
du grésil – froide saison
bien à l’ombre dans sa housse
tandis que d’autres mailles fines
filent un mauvais coton pendues
au cou de l’immeuble gris qui
on dirait presque grésille

16.12.22

I.

je glisse la tête dans un passe-
montagne et ne trouve pas l’espace
pour les yeux mes yeux bleus
pourtant ouverts

j’ai dû le mettre à l’envers
ou bien c’est encore moi
c’est moi qui regarde encore
trop en arrière

14.12.22

La qualification des bleus
que tu as sous les côtes et sur la tête
est à mon sens un peu bête voire con
tuse comme tu as pris l’air
pile à la mauvaise heure voilà
pourquoi tu as l’air maintenant
d’avoir passé un sale quart-
temps et que ton visage est
pareil au cours Jean Jaurès :
un sfumato tricolore
black-blême-beurre
noir de coup
e du monde

il est 23h00
tapantes

Dès que les klaxons auront cessé,
je ferai dans ma tête résonner
les poèmes qui manquent
souvent leur but,
ce qui est sage

Vingt-quatre fois par jour, me semble-t-il,
il y a deux zéros pour l’heure pile
et personne n’en fait toute une histoire !
c’est, pour le coup franc
hement dommage


10.12.22

à l’approche des fêtes
les transports sont pleins
à craquer tes phalanges
aussi tes bas de laine
enfin mes lèvres qui tirent
sur les rênes et puis seules
s’emballent

09.12.22

Je prends un bain d’huile à bras le corps qui gèle comme l’eau d’une canalisation non enterrée comme jusque dans les os j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai froid j’ai foi – flûte alors ! la langue fourche et je n’ai plus le choix : il me faut croire sinon frissonner encore.

— C’est un miracle !, s’exclame le fidèle bloqué dans sa génuflexion. Dos et nuque craquent, et puis l’attestent : impossible de se redresser. Toutes les articulations sont rouillées. Il n’arrive pas à y croire ; par respect pour le lieu, n’ose se pincer. Le désespoir enfin sur les rotules, il ne lui reste plus qu’à attendre sagement à l’abri le miracle suivant ! Pourvu qu’il ne soit pas déjà comble ! C’est qu’il n’est plus tout jeune alors… s’il pouvait avoir une place assise la prochaine fois…

Cette après-midi de décembre, je me souviens, il y avait du vent sur le bateau, du vent à décaper les vœux, arracher les pages, à disperser la cendre de ta Dunhill bleu. Des rafales à tomber à la renverse, le bec dans l’eau. Mais alors, c’est ici ! C’est ici, bien sûr, que j’ai pris froid. Un froid de flou, un froid de canular, un froid d’à quoi bon joindre les mains quand les bras

nous

tombent.

02.12.22

J’ai bien essayé de contracter ma mère mais je n’ai attrapé qu’une maladie orpheline.

Le fleuve coule des jours heureux
entre les bras du fer à lisser
puis trouve l’embouchure
menant aux vagues déferlées
Lesquelles s’enroulent et
cassent encore comme
tes cheveux bouclés

C’est double peine : la gomme, en gommant, s’émiette tout à fait. Il faut donc effacer ensuite toute trace de son passage, non plus à la force du poignet mais du souffle cette fois ! Les petites parcelles blanc cassé s’envolent et se dispersent – on le croit alors – mais c’est une pluie de cendres caoutchouc qui retombe sur moi et, finalement, se loge dans les ratures de ma peau. On dirait qu’elle pèle. C’est là que j’ai dû prendre froid.


29.11.22

Un seul être vous plante et tout est repeuplé.

A mesure que mes télomères raccourcissent et que diminue naturellement mon stock d’ovocytes – diminution déjà bien engagée grâce à Dieu et la Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes –, la population mondiale, elle, ne cesse d’augmenter : aux dernières nouvelles, ça y est, nous serions 8 milliards ici-bas à régner en maître, soit un milliard de plus qu’il y a douze ans. Puissé-je échapper à cette entreprise de pullulation massive !

Douze ans, c’est l’âge que j’avais quand j’ai commencé à écrire et, dès lors, me reproduire – mais sans jamais, pour ma part, aller au-delà des huit cents exemplaires. Imaginez sinon, le nombre de souches à nourrir !

28.11.22

Il paraît que c’est encore le dernier jour du Black Friday mais à présent, le Monday gris.

« Dépêchez-vous ! Dernière chance d’acheter votre planche de salut prête-à-suspendre tout jugement. Trois options disponibles : bois massif, plastique souple ou bien inoxydable. L’offre est flash jusqu’à midi. L’utilisation, optimale. La découpe, précise. Les bords, eux, repliables. Si commode, le déversement des solutions… Vous n’êtes pas prêts. »

C’est un vendredi noir comme les autres jours de la semaine, pense la jeune recrue des pompes funèbres préposée au café. — Un double espresso, et plus vite que ça ! Mais qui veut-on doublement réveiller ici ?

Et Miss Météo, d’annoncer la couleur – un peu fade : demain nous perdrons trois minutes de jour encore. C’est d’autant de secondes alors que je me lèverai avant lui, juste le temps de jouer à 1, 2, 3, Soleil et puis bayer aux corneilles. Décidément, je ne suis pas prête à me dépêcher.


26.11.22

Ses poignets sont si fins, c’est vrai
qu’on pourrait y glisser une bague
comme à la patte des oiseaux
Mais voilà, il manque de souffle
tout étranglé par son jabot
Muet allait rester l’appeau

Badigeonnés d’huiles et de glaires, tartinés de pâtes et de gommes hyperlaxes, glacés de sucs édulcorés, nappés à l’envi de substances dégueulasses — saccharine saccharose mucus et mélasse, les bancs du parc, pareils aux branches malignes, feront l’affaire sinon de parfaits gluaux.

Elle viendra s’y poser, oui, se reposer peut-être. Elle aussi, casser la graine —  son bec s’il le faut. Et lui, oubliant le piège, se rappelant la peau, s’assiéra aussi. Il s’agira d’une longue pause alors ; par là même un nid.

Or l’histoire finira bien, pourrait bien finir
à bout portant comme il glisse jusqu’à
son oreille une blague pas si mauvaise
À la botte désormais des rouges
gorges déployées comme la voilà !
Tout étalée sur sa poitrine

24.11.22

Le cendrier déborde, c’est un gribouillis d’enfant. Il faut dire que je fume comme un pompier, dans toutes les pièces de l’appartement, mais c’est sans danger : l’alarme incendie est depuis longtemps à plat. Sur la liste de courses, les piles font AAA.

Lui met le feu aux poudres — non plus à mes joues, voilà l’affaire. Ainsi brûle le torchon ; et puis la nappe, le chemin de table, la montagne de coussins, les tapis, l’édredon, du ciel de lit jusqu’à la fleur de douche, en somme tout le linge de maison.

Finalement, la guerre s’essouffle à mesure que s’enflamment les rideaux occultants. Ah ! enfin, on y voit plus clair !

22.11.22

C’est décidé, j’arrête l’aquabike et me lance corps et âme dans la lutte sur pieuvre. Très populaire aux États-Unis dans les années 60, elle n’attendait que mon infatigable poigne pour revenir tout de go sur le devant de la scène.

Les règles sont simples : d’abord, trouver une étendue d’eau salée et une combinaison néoprène. Ensuite, il suffit de savoir nager dans une eau assez peu profonde (si vous croisez un poisson abyssal, remontez immédiatement : vous êtes allé trop loin), retenir sa respiration le plus longtemps possible et ouvrir grand les yeux (un seul si vous souffrez de strabisme, sans quoi vous risqueriez, à l’instar de votre œil, de partir sur une mauvaise piste). Ne reste plus qu’à dénicher alors le céphalopode, l’arracher de son habitat naturel, le remonter de force à la surface et, dans un dernier effort, se dégager des tentacules — ce que j’ai toujours fait, en somme, avec ma tête et mes pieds, ainsi que d’autres mollusques moins vivaces. J’ai donc la ferme intention, oui, de remporter bientôt quelques coupes et médailles : c’est qu’il me faut des résultats rapides, sinon l’encre sèche.

Le prête-plume a les mains sales, me fit-il remarquer, comme je fuis entre ses doigts depuis la première incise.

20.11.22

Quand j’entends dire que je suis barge, j’entends déjà bruire au large. Et puis je m’interroge : fait-on là référence au bateau à fond plat, utilisé pour le transport fluvial à l’instar des péniches, ou à cet élégant oiseau échassier qui peut parcourir jusqu’à 13 000 kilomètres sans escale ?

Reste qu’il est bel et bien question de voyage ! Et d’agiter mon mouchoir alors, le cœur en fête, puisque je ne suis plus la berge, mais bel et bien sur le départ.

16.11.22

la Terre est bleue comme un kaki à chair astringente
quand je pense à toutes les perles
que j’enfile

chambre 301
je fais le tour du monde
depuis un lit au carré

le réveil percera la lune
pleine comme d’autres
cloques au pied

l’amour la poésie
petit cairn
à mon chevet
tsundoku
disent les japonais

quand je pense à tous les rêves
que j’empile
l’aube se passe autour du cou un collier de vitres teintées



15.11.22

Pôle Emploi et L’Institut de Formation du Vélo me proposent ce jour de devenir Mécanicien Cycles. Cette Préparation Opérationnelle à l’Emploi Collective me semble un peu capillotractée. Par le passé, j’ai pourtant déjà spécifié que je ne savais pas plus faire de vélo que recoudre un bouton ! Le suivi personnalisé n’est vraiment plus ce qu’il était du temps des filatures.

Trois spécialités sont au choix : Tandem, Aquabike ou Petites roues arrière.

Franchement, j’hésite encore… Pour l’instant, c’est vrai, je préférerais ne pas travailler autrement que sur les rotules, à l’ombre d’un paon étayé d’une béquille ; écrire quelque cycle romanesque où les images rayonnent sans gilet fluorescent et que puissent revenir les personnages en un seul morceau !

12.11.22

Une larme
de Chartreuse
verte comme
tout est vert par ici
le Vieillissement, lui ?
Exceptionnellement
Prolongé
mens V.I.P.
in corpore V.E.P.

Retour à Grenoble, dans la cuvette, comme on dit céans. Les bulles du téléphérique n’ont pas bougé d’un pouce ; encore se suivent sur leur câble comme les points de la serrure garantissant par cinq un verrouillage optimal. Plus aucune chance d’effraction. (Et zut.)

J’ai toujours un train de retard ; ça n’en reste pas moins un moyen de transport. Rétrospectivement, s’entend.

Un passant crie au téléphone : « Je vais les éclater sur la tête de ma mère ! » (S’il pense bien aux mêmes bulles que moi, et que sa petite mère a la tête plus solide que ses nerfs, j’ai peut-être enfin trouvé le complice idéal, sinon la perle la moins oxydée de ce soi-disant écrin de montagnes.)

31.10.22

Toute la douleur de la retrouvaille logée dans un préfixe.

On ne retrouve pas la santé sans perdre le symptôme.
Quant aux clefs, je ne les ai jamais perdues autrement que devant une porte déjà close. Le prétexte était tout trouvé : ici je m’invite à ne plus rentrer.

27.10.22

Un arbre malade produit des nœuds ; le grabataire ainsi que le bien portant – disons, le mieux portant – qui l’accompagne ne cherchent qu’à les défaire. Finalement s’étranglent tous deux avec la tubulure d’une perfusion reliant la tumeur à ma ligne.


La métastase laisse peu de place à la métaphore.


 Lange tes morts.

21.10.22

Métastase,
étymologiquement
« changer de place »

Mais tata,
étonnamment
plus rien ne bouge

14.10.22

Il ne couvrait pas suffisamment les yeux de ceux qui le regardent ; laissait apparaître la racine des cheveux et l’implantation du mâle. « Elle portait mal son voile » : à bout de bras ?

Auréolée d’une ring light – achetée d’occasion pour presque rien grâce au suicide de la précédente propriétaire, harcelée pour pas grand-chose –, elle dessine ses lèvres pour mieux les ouvrir. Au programme ce matin, CHIT CHAT HIJAB + ASTUCES JETLAG. (Le titre de la vidéo, toujours, en majuscules. Pour la visibilité et les likes.)

Sans trembler, elle trace près des cils deux virgules, censées agrandir son regard. L’encre ultra-black s’échappe d’un eyeliner cruelty-free. Des yeux de chat sans cruauté ; pas waterproof, autrement qui aura la preuve de ses chaudes larmes ?
Et d’embrasser le retour caméra en se coupant une mèche d’extensions synthétiques à l’aide de ciseaux cranteurs.

« Elle avait 22 ans : elle n’en aura jamais 23 », titre le journal soucieux de bien se faire comprendre : rien, ici-bas, n’aurait un jour pu la voir grandir.

19.09.22

A chacune de ses apparitions, il disparaît tout à fait, la faisant disparaître à son tour. Jusqu’ici, ils sont quittes — doublent les chances de se manquer.

Ils auraient fini par se donner la main et, d’emblée, un diminutif.
Et après ?


À chaque jour suffixe sa peine.

05.09.22

En tout tripier sommeille un cœur, qu’il ne manque pas de vendre sur son étal. Où quelques ris et autres pâles amourettes, sinon le guérissent, du moins en réhaussent la couleur.

S’il fait bien quelques entailles ici et là, elles ne sont jamais plus larges, non, que le sourire qu’il déploie en pensant à ses premières amours dont il gravait les initiales avec un canif. Sur des os à moelle.

Vêtu d’un tablier rouge vif où les taches se confondent, c’est un grand sentimental qui sauve tout ce qu’il peut de la farce et du gâchis — quand vient le soir, aussi fume-t-il jusqu’au purin son cigare Aristocrat. Seule la tripe fait passer le goût des entrailles, disait son père. Il lui aura tout appris.

31.08.22

Il est de bon ton aujourd’hui de proposer l’asile climatique plutôt que d’offrir son bras ou rien qu’un verre — même généreux en glaçons. C’est une technique de drague pour le moins rafraîchissante en période de canicule, ou comment séduire une demoiselle en détresse respiratoire (sans l’étouffer davantage).

Les épisodes de fortes chaleurs étant de plus en plus longs, ladite méthode a reçu un accueil enthousiaste et n’a cessé de se perfectionner au cours des derniers mois. Aussi a-t-elle déjà fait ses preuves. Voyez plutôt : dirigez-vous vers la terrasse d’un bar exposé plein sud et, c’est important, dépourvu de climatisation. Repérez les ventilateurs tous azimuts, éventuellement les brumisateurs automatiques. Dénichez ensuite le bel oiseau de passage (auréoles, bec entrouvert et plumage laqué de sébum). Ou bien cherchez du regard la déesse insolée (capeline en guise d’éventail, lunettes instables sur la pente du nez, chaînes et breloques figées sur la peau collante, jambes surélevées par tous les moyens — à noter que si les pieds sont déchaussés et qu’ils reposent, non sur la chaise d’en face, mais carrément sur la table, vous pouvez avancer sans trop de risques : un tel laisser-aller suppose un état de réceptivité idéal, de bon augure pour la suite).

Quand le moment est propice (après un bâillement par exemple), approchez-vous de sa table avec la certitude que vous êtes tombé du ciel : mû par ce sentiment tout messianique, vous surmonterez facilement l’embarras et le bégaiement. La voix claire, amorcez donc la conversation : Bonjour c’est irrespirable aujourd’hui, n’est-il pas ? Et de compatir aussitôt à l’accablement qu’elle exprime par monosyllabes. Tourner un temps autour du pot qui sent la rose, par habitude. De la même manière, contourner les gamelles d’eau pour les chiens, qui sentent le chien plus que d’ordinaire. Avant toute invitation officielle, impérativement s’assurer qu’aucun d’entre eux ne lui appartient : premièrement, vous ne pouvez pas sauver toutes les espèces le même jour ; d’autre part, le meilleur ami de l’homme restera votre pire ennemi aussi longtemps que ses poils auront cette fâcheuse manie de se détacher de leurs follicules pour venir adhérer à vos dernières acquisitions textiles. Sans parler des tapis ! Sauver quelqu’un de l’hyperthermie doit-il forcément occasionner tant de sacrifices et de nettoyages à sec ? Pensez-y.

Vient ensuite le moment d’avouer qu’en raison des capacités thermorégulatrices de votre domicile, vous n’avez vraiment pas à vous plaindre, c’est vrai, et vantez là les mérites de votre climatiseur split, en pleine possession de ses moyens. Enfin, conviez-la explicitement à visiter ce spacieux appartement ô combien respirable, disposant de deux chambres à coucher (une plus agréable que l’autre), un canapé d’angle composé d’un bâtard et d’une méridienne, un fauteuil de relaxation inclinable, une buanderie, plusieurs tiroirs vides, une double vasque, une baignoire aux joints éclatants et des toilettes séparées. Aussi votre hôte disposera-t-elle de tout le confort nécessaire, à commencer par l’intimité. Il va s’en dire que vous offrirez généreusement le couvert, en échange d’une bonne hygiène bucco-dentaire.

Un sourire sans tache et vous la priez de vous suivre ! C’est au quatrième. Avec ascenseur. Aujourd’hui, il est en panne mais la réparation, ce n’est qu’une question de temps… en attendant, si elle veut bien se donner la peine… Qu’elle prenne ses aises — un double des clefs, afin de profiter de ce séjour réfrigérant en toute indépendance. Libre, bien sûr, de partir quand elle le souhaite, se dégourdir les jambes, vérifier l’exactitude du bulletin météo, guetter en vain les normales saisonnières, libre de ses mouvements, suer de tout son soûl ; naturellement libre de revenir à sa guise, sans prévenir ni prétention, avec l’assurance chaque jour renouvelée qu’étant donné les circonstances exceptionnelles, on est quand même mieux à l’intérieur. C’est-à-dire ici-même.

Les pores encore dilatés par sa petite fugue, de nouveau elle s’installe à l’angle du canapé. Et vous, aussitôt, de la rejoindre. Assis sur toute conscience écologique et un pan de sa jupe, vous lui laissez le choix de la température ambiante, la puissance de ventilation, turbo, silence. Elle fait la brise et le courant — la mainmise sur la télécommande du climatiseur, un tant soit peu sur votre cœur.

30.08.22

Rien ne sert de courir mais il faut partir : attends.

Ah, ça, ils font la paire ! Dans leurs petits souliers, l’un tourné vers la droite, l’autre carrément à gauche : ils marchent coude à coude, oui, mais en canard.

Il est temps que chacun prenne un chemin différent pour rentrer à la maison.

Disons qu’ils avaient autant de charme qu’un strabisme ; pouvaient ainsi prétendre à un mirage panoramique et, non moins que le grand angle, changer la flaque d’eau stagnante en sentiment océanique.

26.08.22

Le matador qui la courtise est sans banderilles comme ce sont des seringues que l’on plante aujourd’hui dans la jeunesse callipyge. Laquelle, c’est un conseil, préférera le taureau, sinon la mouche qui l’assomme.

Cependant éblouie par l’habit de lumière de celui qui la convoite, elle ne peut s’empêcher de rougir et, pareille à l’étoffe écarlate, excite par chance l’autre animal. Il fond alors sur ses lèvres couleur pommette et la demoiselle, sans plus de détresse, enfin s’endort dans le plus simple appareil et le berceau de ses cornes. Ainsi la belle et la bête se sauvent-elles l’une l’autre de l’estocade.

Piqué au vif, le toréador ne peut qu’assister à la scène, puis disparaître dans les bras de sa chère et tendre muleta dont la jupe tournoie encore.

24.08.22

J’insiste, je me laisserais volontiers mener en bateau si toutefois l’ancre daignait se lever, non moins que le capitaine. Lequel, c’est regrettable, reste plongé dans ses romans de phare quand je tamise la lumière. Je me demande si, par inadvertance, nous n’aurions pas échangé nos anneaux contre ceux qui rattachent au port.

Un mauvais livre n’est jamais ouvert, il est en cours d’utilisation.

— Jetez l’encre ici et coulez-moi donc ce navire ! Il me faut boire la tasse d’un trait pour cracher quelque chose de potable.

19.08.22

Le ciel qui te tombe sur la tête, c’est tout juste une gouttelette échappée du brumisateur automatique sous lequel tu as pris place, en l’absence d’autres nuages.

Le chien se voit offrir une gamelle d’eau. Je demande la même chose comme je suis le meilleur ami de l’homme qui me promène.

J’ai déposé une goutte sur son bec : l’oisillon n’est pas mort ! Voilà qu’il bat de l’aile dans sa petite boîte en carton.

(Reste que je n’ai pas réussi à sauver l’animal de ma compagnie.)

18.08.22

On a été coupés. 

Je n’ai rien entendu
à ton dernier souffle.

Tu peux répéter ?

Répète-le encore.

Le téléphone vibre une dernière fois pour avertir qu’il va bientôt s’éteindre. Ma foi, les hommes devraient en prendre de la graine ! Au mieux nous accordent-ils un pauvre spasme, lequel nous crispe à son tour. Injoignables du jour au lendemain, ils auront raccroché à notre insu — depuis combien de temps, au juste, est-ce que je parle dans le vide ?

— Veux-tu bien répéter ! Répète encore ou la critique sera assassine : on n’y croit pas une seule seconde, à ta mort.

13.08.22

Peut-on encore se plaindre d’ainsi fondre sous le soleil quand c’est lui, à l’évidence, qui fond sur nous ?

Fondu a fortiori, le poupon de cire oublié dans l’habitacle ! Le parking est plus vide encore que la double-page de mots fléchés, restée ouverte comme la bouche suffoque, sur la plage arrière de l’auto — se verrouille toute seule quand on s’éloigne. La grille Spécial Grandes Vacances, inaccessible malgré le réhausseur : il faudra étouffer en huit lettres sans autre distraction, au milieu de toutes ces places libres.

Cependant la baignade reste interdite sur plusieurs sites, de multiples analyses bactériologiques confirmant la pollution des eaux : ici, un risque de staphylocoque ; plus loin, des cyanotoxines… Oui, bon, l’eau est marronnasse mais le petit a sa couleur normale ! Regardez donc par vous-mêmes, insiste-t-elle. De son point de vue (un repose-tête pliable), ce n’est pas vraiment dangereux : les draps sont bien remplis d’acariens et ça n’empêche pas le monde de dormir, alors quoi ! Dès qu’ils seront à la maison, elle passera son petit trésor au karcher – au tuyau d’arrosage, elle veut dire, parce qu’ils ont un bout de jardin maintenant. Enfin, le journaliste pose à la mère une question pertinente, non moins que la réponse : Pourquoi je ne me baigne pas ? Oh, c’est que moi j’ai toujours préféré bronzer, et puis franchement, entre nous, ça me dégoûte un peu, la couleur. Pour moi l’eau c’est bleu, mais pour lui, l’eau ça mouille voilà tout. Regardez comme il est content, tout mouillé comme une poule.